Entrée de l'église de Rennes-le-Château
Entrée de l'église dans les années 80
Chœur et plafond de l'église de Rennes-le-Château
Bas relief de l'église de Rennes-le-Château, sermon sur la montagne
Système des cloches de l'église de Rennes-le-Château
La cloche de l'église de Rennes-le-Château
Le fronton de l'église de Rennes-le-Château
Bérenger Saunière découvrant un tombeau
Le bénitier de l'église de Rennes-le-Château
Asmodée le diable de l'église de Rennes-le-Château


Description

Perchée sur le promontoire de Rennes-le-Château, l’église Sainte-Marie-Madeleine est aujourd’hui indissociable de l’affaire de l’abbé Bérenger Saunière.
Pourtant, bien avant les travaux du célèbre curé et avant que le village ne devienne un haut lieu du mystère, cette petite église possédait déjà une histoire ancienne.
Elle constitue aujourd’hui l’un des principaux témoignages de l’ancien site historique de Rennes-le-Château et du comté du Razès. L’église est notamment mentionnée en 1185, dans les inventaires de l’ordre de Saint-Jean-de-Jérusalem. Sa campagne principale de construction est attribuée au XIIe siècle. L’édifice que l’on découvre aujourd’hui est toutefois le résultat de plusieurs périodes de construction et de transformation. Une partie importante de son apparence actuelle provient des travaux réalisés à la fin du XIXe siècle sous l’impulsion de l’abbé Saunière.

L’église présente ainsi plusieurs niveaux de lecture :

  • un édifice religieux médiéval ;
  • une ancienne église paroissiale profondément remaniée ;
  • le grand chantier de Bérenger Saunière ;
  • un monument dont le décor est devenu l’un des éléments essentiels de l’affaire de Rennes-le-Château.

C’est cette superposition entre histoire, patrimoine et mystère qui fait aujourd’hui sa particularité.

Histoire

Une église au cœur du Razès

Pour comprendre l’importance de l’église Sainte-Marie-Madeleine, il faut revenir au Moyen Âge. Rennes-le-Château se trouve sur un promontoire dominant la vallée de l’Aude. Le site était associé à l’ancien comté du Razès, dont Rennes constituait l’un des centres importants.
Les comtes du Razès sont notamment associés à la fondation de plusieurs établissements religieux de la région, parmi lesquels les monastères d’Alet et de Saint-Polycarpe. L’église Sainte-Marie-Madeleine constitue aujourd’hui le principal témoignage conservé de cet ancien site historique.
Il faut cependant rester prudent avec certaines traditions qui font remonter directement l’édifice actuel à l’époque wisigothique ou carolingienne. Le site de Rennes possède une histoire beaucoup plus ancienne que l’église actuelle, mais les sources patrimoniales attribuent principalement la construction conservée aujourd’hui au XIIe siècle.

La mention de 1185

L’une des dates importantes de l’histoire de l’église est 1185. Cette année-là, elle apparaît dans les inventaires de l’ordre de Saint-Jean-de-Jérusalem. Cette mention constitue un témoignage documentaire particulièrement important puisqu’elle confirme l’existence de l’église au Moyen Âge. À cette époque, une église n’est pas seulement un lieu de culte. Elle constitue également un élément essentiel de l’organisation d’une communauté rurale et du territoire qui l’entoure. L’église Sainte-Marie-Madeleine s’inscrit donc dans une histoire beaucoup plus vaste que celle de l’abbé Saunière.

Une église transformée au fil des siècles

L’édifice actuel n’est évidemment pas resté identique à celui du Moyen Âge. Comme beaucoup d’églises rurales, il a été réparé, transformé et adapté au cours des siècles. Au XIXe siècle, l’église connaît notamment plusieurs transformations destinées à corriger ou masquer les irrégularités de l’édifice ancien. C’est dans cet état que Bérenger Saunière découvre son église lorsqu’il est nommé curé de Rennes-le-Château en 1885.

L’arrivée de Bérenger Saunière

Lorsque Saunière arrive à Rennes-le-Château, il découvre une petite église ancienne nécessitant d’importants travaux. La situation financière de la paroisse est difficile et la municipalité dispose de moyens limités. Saunière entreprend progressivement de restaurer l’édifice. Les premiers travaux sont suivis, puis le projet prend une ampleur beaucoup plus importante à partir de la fin des années 1880. À partir de 1897, de grands travaux de consolidation et d’embellissement sont réalisés sous son impulsion, avec les conseils de l’architecte Tiburce Caminade.

Les travaux de 1897

L’année 1897 constitue un véritable tournant dans l’histoire de l’église. Saunière fait alors profondément transformer son intérieur. Le décor peint est réalisé par l’entreprise Castex. Les murs reçoivent notamment un faux appareil tandis que les piliers et les arcs sont ornés de médaillons et de frises. Dans le chœur, une voûte bleue constellée d’étoiles vient compléter l’ensemble. Le mobilier religieux est également renouvelé. De nombreuses statues prennent place dans la nef et l'église reçoit un décor de style alors très répandu dans les églises françaises de la fin du XIXe siècle, aujourd'hui généralement qualifié de style saint-sulpicien. Les vitraux sont également renouvelés. Le résultat est spectaculaire et très différent de l'austérité que pouvait présenter l'ancienne église.

Une nouvelle église dans une ancienne église

Il faut donc distinguer deux périodes lorsque l'on visite Sainte-Marie-Madeleine.
La première est celle de l'église médiévale, dont la structure principale remonte au Moyen Âge.
La seconde est celle de l'église de Saunière, dont le décor et une partie des aménagements sont ceux de la fin du XIXe siècle.
Cette distinction est essentielle pour comprendre le monument. L'abbé Saunière n'a pas construit l'église de Rennes-le-Château : il a profondément transformé un édifice beaucoup plus ancien.

L'église après Saunière

Bérenger Saunière meurt en 1917. L'église continue ensuite sa fonction religieuse, mais l'histoire du lieu va progressivement changer de nature. Au cours du XXe siècle, les récits concernant la fortune de Saunière, les prétendues découvertes effectuées pendant les travaux et les éventuels secrets cachés à Rennes-le-Château vont progressivement se multiplier. L'église devient alors le principal décor de l'affaire. Elle est finalement protégée au titre des Monuments historiques le 26 juillet 1994. La notice officielle précise que la protection concerne notamment son caractère architectural et son mobilier.

Architecture

Une architecture romane

L'église Sainte-Marie-Madeleine conserve une structure principalement attribuée au XIIe siècle. Elle possède une nef unique et un chevet semi-circulaire orienté. La nef est couverte d'une voûte en berceau plein cintre. Le chœur, séparé de la nef par un arc diaphragme, est couvert d'une voûte en cul-de-four. Cette organisation correspond à une architecture religieuse romane relativement sobre.

Le chevet

Le chevet constitue l'une des parties qui permettent encore de percevoir l'ancienneté de l'édifice. Les parties extérieures les moins transformées permettent notamment de mieux comprendre la structure ancienne de l'église. Des éléments décoratifs comme les bandes lombardes témoignent également de l'architecture médiévale de l'édifice.

Le clocher

Le clocher domine aujourd'hui le village et constitue l'un des éléments les plus reconnaissables de Rennes-le-Château. Son histoire architecturale a fait l'objet de différentes études et interprétations. Certains passionnés de l'affaire ont notamment voulu voir dans le clocher les vestiges d'une construction plus ancienne. Ces interprétations doivent cependant être distinguées des études historiques et architecturales du monument.

Les transformations du XIXe siècle

L'église a subi plusieurs modifications avant même l'intervention de Saunière. Les sources patrimoniales signalent notamment les cloisons de briques établies au XIXe siècle afin de masquer les irrégularités de l'édifice primitif. Ces cloisons sont surmontées d'un crénelage reposant sur des modillons. Ces éléments expliquent en partie l'aspect inhabituel de l'église.

Le décor de 1897

Le décor intérieur est probablement l'élément le plus spectaculaire de l'église actuelle.

Réalisé en 1897 par l'entreprise Castex, il comprend :

  • un faux appareil sur les murs ;
  • des médaillons ;
  • des frises ;
  • des décors peints sur les piliers et les arcs ;
  • une voûte bleue étoilée dans le chœur.

Le mobilier et les statues complètent cet ensemble. C'est principalement ce décor de la fin du XIXe siècle qui sera par la suite interprété comme un éventuel langage symbolique.

La façade et le porche

La façade de l'église est devenue l'un des éléments les plus photographiés de Rennes-le-Château.
Au-dessus du porche figure la célèbre inscription :

TERRIBILIS EST LOCUS ISTE
« Ce lieu est terrible. »

Au-dessus, la statue de Marie-Madeleine domine la façade.
On y trouve également la formule :

IN HOC SIGNO VINCES
« Par ce signe tu vaincras. »

 

Mystères associés

L'église Sainte-Marie-Madeleine est au centre de pratiquement toutes les grandes théories de l'affaire de Rennes-le-Château.
Il convient cependant de distinguer clairement les faits documentés des récits et interprétations apparus ultérieurement.

La découverte de la « dalle des Chevaliers »

L'un des récits les plus célèbres concerne une dalle sculptée aujourd'hui appelée « dalle des Chevaliers ». Selon la tradition liée à l'affaire, Saunière aurait découvert cette dalle au cours de travaux réalisés dans l'église. Elle représente notamment deux personnages montés sur un même cheval. La dalle est ensuite devenue l'un des éléments fondamentaux des théories concernant une éventuelle découverte souterraine. La mairie de Rennes-le-Château elle-même présente aujourd'hui cette dalle comme l'un des éléments associés aux découvertes attribuées à Saunière.

Le tombeau découvert en 1891

Le journal de Saunière comporte une entrée particulièrement célèbre datée du 21 septembre 1891 :
« Découverte d'un tombeau ».

Cette mention a alimenté de nombreuses hypothèses. Certains auteurs ont considéré qu'elle constituait la preuve d'une découverte majeure dans l'église. D'autres interprétations beaucoup plus prudentes considèrent qu'une découverte de sépulture dans une ancienne église n'a rien d'exceptionnel. Le véritable contenu de cette découverte reste donc un sujet de débat.

Les parchemins

Les récits concernant la découverte de plusieurs parchemins constituent un autre élément central du mystère. Selon les différentes versions, Saunière aurait découvert des documents cachés dans l'église, certains étant présentés comme des textes codés ou des généalogies.
Ces récits seront ensuite associés à des théories concernant :

  • les Mérovingiens ;
  • les descendants de Dagobert II ;
  • le Saint Graal ;
  • Marie-Madeleine ;
  • un éventuel trésor ;
  • le Prieuré de Sion.

Il convient toutefois de présenter ces éléments comme des récits de l'affaire et des hypothèses, et non comme des découvertes historiques démontrées.

Asmodée et le bénitier

À l'entrée de l'église se trouve l'une des sculptures les plus célèbres de Rennes-le-Château : Asmodée soutenant le bénitier. La représentation du démon est devenue un symbole majeur de l'affaire. La mairie elle-même présente cette statue comme l'un des éléments remarquables de la visite et souligne que le décor de l'église peut donner lieu à de multiples interprétations. Pour certains chercheurs, Asmodée serait un gardien indiquant l'existence d'un secret. Pour d'autres, il s'agit simplement d'un élément de la symbolique religieuse et du décor choisi par Saunière.

Le décor comme langage secret

À partir de la seconde moitié du XXe siècle, pratiquement chaque élément du décor de l'église a été interprété comme un éventuel indice. Les statues, les peintures, les inscriptions, le dallage, le chemin de croix ou encore la disposition de certains éléments ont ainsi fait l'objet de nombreuses analyses.

Certains auteurs ont recherché des références :

  • à l'ésotérisme ;
  • aux Templiers ;
  • aux Cathares ;
  • aux Mérovingiens ;
  • à la franc-maçonnerie ;
  • au Saint Graal ;
  • à Marie-Madeleine ;
  • ou encore à une prétendue descendance du Christ.

Ces théories constituent aujourd'hui une partie importante de l'histoire du mythe de Rennes-le-Château, mais elles ne doivent pas être confondues avec l'histoire documentée de l'église.

Une église devenue une énigme

C'est finalement cette superposition qui explique la célébrité de Sainte-Marie-Madeleine. Le visiteur se trouve devant un édifice médiéval authentique, profondément transformé au XIXe siècle, mais dont chaque détail a ensuite été intégré aux récits de l'affaire.

L'église est donc à la fois : un monument historique, une église paroissiale, le grand chantier de Saunière et le principal décor du mystère de Rennes-le-Château.

Sources

Ministère de la Culture – Base Mérimée / POP
Notice officielle de l'église Sainte-Marie-Madeleine, référence PA00132609. Elle fournit notamment les informations concernant la datation de l'édifice, son architecture, les travaux de 1897 et son décor

La Sauvegarde de l'Art Français
Notice consacrée à l'église Sainte-Marie-Madeleine de Rennes-le-Château et à son histoire architecturale.

Mairie de Rennes-le-Château
Présentation de l'église, de la dalle des Chevaliers, du pilier carolingien et du domaine de l'abbé Saunière.