Les parchemins de Rennes-le-Château occupent une place centrale dans l'histoire moderne de l'affaire.
Selon le récit popularisé au XXe siècle, Bérenger Saunière aurait découvert, dans son église, plusieurs documents anciens susceptibles de révéler un secret considérable. Certains auraient été codés et auraient conduit le prêtre jusqu'à une information liée à un trésor caché.
Mais l'histoire des parchemins est beaucoup plus complexe.
Il faut en effet distinguer les documents que Saunière aurait réellement découverts dans l'église, les documents publiés à partir de 1967 dans L'Or de Rennes, et les nombreuses interprétations qui se sont développées par la suite. Parmi les témoignages des contemporains de Saunière, tous sont unanimes : Ils n'ont jamais parlé de parchemins. Madame Léontine Marre, contemporaine de Saunière, déclarait :
"Ils (les journalistes) ne mettent jamais dans leurs journaux ce que je leur dis, ils parlent toujours de parchemins trouvés dans le pilier de l'autel alors que je ne leur ai jamais raconté une chose pareille"
Les documents découverts par Saunière
Lors des travaux réalisés dans l'église Sainte-Marie-Madeleine à la fin du XIXe siècle, plusieurs découvertes sont attribuées à l'abbé Bérenger Saunière.
La tradition rapporte notamment la découverte de documents cachés dans ou à proximité de l'ancien maître-autel.
Le musée du Domaine de l'abbé Saunière présente aujourd'hui parmi les éléments liés à ces découvertes les deux artefacts carolingiens retrouvés dans l'église, ainsi que la célèbre dalle des Chevaliers, découverte au pied du maître-autel en 1887.
Certains récits évoquent également un petit récipient ou un tube contenant des papiers.
Il est toutefois important de ne pas confondre automatiquement ces documents avec les deux célèbres parchemins publiés beaucoup plus tard.
Cette confusion est devenue l'un des principaux problèmes de l'histoire du dossier.
Les deux « parchemins » célèbres
Les deux documents devenus célèbres sous les noms de petit parchemin et grand parchemin sont essentiellement connus du public à partir de leur publication dans le livre de Gérard de Sède, L'Or de Rennes, paru chez Julliard en 1967. La BnF confirme l'existence de cette première édition publiée cette année-là. C'est à partir de cette publication que les reproductions des documents deviennent l'un des principaux éléments de l'affaire. Dans le récit présenté par de Sède, ces parchemins auraient été découverts par Saunière et auraient contenu un message dissimulé. Ils auraient notamment permis de découvrir une information concernant une ancienne lignée royale. C'est également à partir de leur publication que va se développer toute une littérature consacrée au décryptage des textes.
Le grand parchemin
Le document appelé grand parchemin reproduit un passage de l'Évangile selon saint Jean.
Le texte présenté sur le document est cependant disposé d'une manière inhabituelle, avec des mots et des éléments qui semblent avoir été volontairement déplacés. Cette présentation est à l'origine de nombreuses tentatives de déchiffrement. Le message obtenu par le procédé popularisé dans l'affaire est devenu l'un des textes les plus célèbres de la mythologie de Rennes-le-Château.
Il fait notamment intervenir :
- Poussin ;
- Teniers ;
- une clé ;
- la croix ;
- un cheval ;
- une référence à « midi » ;
- et plusieurs éléments destinés à orienter le lecteur vers d'autres indices.
Le texte et son décryptage sont aujourd'hui indissociables de la construction du mystère.
BERGERE PAS DE TENTATION QUE POUSSIN TENIERS GARDENT LA CLEF PAX681 PAR LA CROIX ET CE CHEVAL DE DIEU J'ACHEVE CE DAEMON DE GARDIEN A MIDI POMMES BLEUES.
Le petit parchemin
Le second document est généralement appelé petit parchemin.
Sa présentation est encore plus énigmatique. Les lignes semblent avoir été séparées et réorganisées. Certaines lettres apparaissent dans des positions inhabituelles, ce qui a conduit les chercheurs à rechercher différents systèmes de lecture.
Le petit parchemin est également associé à une référence à Dagobert II, élément essentiel des théories développées autour d'une prétendue descendance mérovingienne.
C'est à partir de ce document que certaines interprétations vont progressivement relier Rennes-le-Château :
à une lignée mérovingienne → au secret de la marquise d'Hautpoul → au trésor → puis au Prieuré de Sion.
Cette construction est cependant postérieure à Saunière.
Il contient le texte suivant :
Or donc, un sabbat où il traversait des moissons, ses disciples arrachaient et mangeaient les épis, en les froissant dans leurs mains. Mais quelques Pharisiens dirent : "Pourquoi faites-vous ce qui n'est pas permis le jour du sabbat ?" Et, répondant, Jésus leur dit : "Vous ne l'avez donc pas lu, ce que fit David lorsqu'il eut faim, lui et ses compagnons, comment il entra dans la maison de Dieu, prit les pains de proposition, en mangea et en donna à ses compagnons, ces pains qu'il n'est permis de manger qu'aux prêtres seuls ?" Et il leur disait : "Le Fils de l'homme est maître du sabbat."
En sélectionnant les lettres décalées, la phrase suivante peut être trouvée :
A Dagobert II roi et à Sion est ce trésor et il est la mort.
ou bien
A Dagobert II, roi, et à Sion est ce trésor, et il est là, mort.
Les parchemins et Gérard de Sède
La publication de L'Or de Rennes en 1967 constitue un tournant majeur.
Gérard de Sède y présente les documents et leur donne une place essentielle dans son récit consacré à Bérenger Saunière.
L'ouvrage connaît un important succès et contribue à faire connaître l'affaire bien au-delà de l'Aude.
Les parchemins deviennent alors des pièces fondamentales de l'énigme. On raconte qu'un calque des parchemins aurait été fait par Bérenger Saunière pour le Maire de Rennes-le-Château . Mais dans les années 1910, la mairie fut détruite par un incendie avec toutes ses archives... Un autre calque aurait été laissé à Paris lors des traductions. Ce calque aurait été remis à Monsieur Gérard de Sède en février 1964 par Philippe de Chérisey....
Mais leur histoire ne s'arrête pas à leur publication.
Pierre Plantard et Philippe de Chérisey
Deux personnages jouent un rôle essentiel dans l'histoire moderne des parchemins :
Pierre Plantard et Philippe de Chérisey.
Plantard est déjà engagé dans la construction du récit autour du prétendu Prieuré de Sion.
De Chérisey, quant à lui, participe à la fabrication de plusieurs documents utilisés dans cette construction.
Après la publication de L'Or de Rennes, une controverse éclate notamment autour de la nature des parchemins.
Philippe de Chérisey affirme finalement avoir réalisé les documents publiés.
Les sources consacrées à l'affaire rapportent qu'il aurait également rédigé un document intitulé Pierre et Papier, dans lequel il explique certains procédés utilisés pour leur fabrication et leur décryptage.
Cette révélation bouleverse profondément l'interprétation des parchemins.
Les parchemins
Les fameux « petits » et « grands parchemins » occupent une place centrale dans la littérature consacrée à Rennes-le-Château.
Ils auraient été découverts par Saunière lors des travaux réalisés dans l'église.
Certains récits leur attribuent un contenu codé et les associent à des passages des Évangiles ainsi qu'à une généalogie.
Ils auraient ensuite été emportés à Paris afin d'être étudiés.
Ces documents constituent cependant un dossier particulièrement délicat : leur histoire documentaire est tardive et plusieurs éléments associés aux parchemins ont été remis en question par les recherches historiques.
Leur apparition dans la littérature moderne de Rennes-le-Château est surtout liée à la publication de L'Or de Rennes de Gérard de Sède en 1967.
Des faux… mais à quel moment ?
C'est ici que le dossier devient particulièrement intéressant.
Une première lecture pourrait conduire à considérer que les parchemins publiés en 1967 sont simplement des faux fabriqués au XXe siècle.
C'est effectivement la conclusion retenue par plusieurs auteurs et chercheurs de l'affaire.
D'autres ont cependant soutenu une hypothèse différente : les documents publiés pourraient être des copies ou des transformations de documents plus anciens, et non nécessairement des créations entièrement nouvelles.
Cette distinction est importante.
Elle permet de séparer deux questions :
Les documents publiés en 1967 sont-ils les originaux de Saunière ?
Aucune preuve permettant de l'établir n'est actuellement disponible.
Saunière a-t-il découvert d'autres documents dans son église ?
La question est différente et ne peut pas être résolue simplement par l'examen des deux parchemins publiés en 1967.
C'est précisément cette confusion entre plusieurs catégories de documents qui a longtemps compliqué le dossier.
Le Codex Bezae et le problème des textes
L'étude des parchemins a également fait intervenir des spécialistes du texte biblique.
Certains éléments utilisés dans le grand parchemin peuvent être rapprochés de formulations provenant de traditions manuscrites anciennes, notamment du Codex Bezae.
Cette observation a été utilisée par certains chercheurs de Rennes-le-Château pour contester l'idée d'une fabrication entièrement arbitraire au XXe siècle.
Mais il faut rester prudent.
Le fait qu'un texte ancien puisse servir de source à un document ne prouve pas que le document lui-même soit ancien.
Un faussaire peut naturellement recopier un texte authentique.
La question de l'origine des modèles, de leur transmission et de la date de fabrication des parchemins doit donc être distinguée de celle de leurs sources textuelles.
Les parchemins et le secret de Rennes-le-Château
Dans la construction traditionnelle de l'affaire, les parchemins constituent une sorte de clé.
Le raisonnement est généralement présenté ainsi :
Saunière découvre des documents → les documents contiennent un message codé → le message conduit vers d'autres indices → les indices révèlent un secret → ce secret est lié à un trésor.
Cette logique est séduisante parce qu'elle donne à l'affaire une structure presque policière. Chaque élément semble renvoyer au suivant. Mais cette construction n'est pas documentée comme une chaîne historique continue remontant à Saunière. Une grande partie de cette architecture apparaît dans les publications du XXe siècle.
Le lien avec la marquise d'Hautpoul
Les parchemins sont également associés à Marie de Nègre d'Ables, marquise d'Hautpoul de Blanchefort. Selon le récit popularisé par les auteurs de l'affaire, son tombeau et son épitaphe constitueraient l'un des indices permettant de comprendre les documents. L'abbé Antoine Bigou, curé de Rennes-le-Château au XVIIIe siècle, est alors présenté comme un intermédiaire essentiel. Il aurait codé ou dissimulé certaines informations. Cette interprétation est devenue l'un des piliers du récit traditionnel. Mais là encore, il faut distinguer les éléments matériels réellement présents dans le cimetière des interprétations cryptographiques et généalogiques apparues beaucoup plus tard.
Les parchemins et le Prieuré de Sion
Le rôle des parchemins prend une nouvelle dimension lorsqu'ils sont associés au Prieuré de Sion. Les textes publiés autour de Rennes-le-Château évoquent notamment une prétendue survivance de la dynastie mérovingienne et une descendance de Dagobert II. Pierre Plantard se présente lui-même comme descendant de cette lignée dans les documents produits autour du Prieuré de Sion. Cette construction appartient cependant à l'histoire moderne du dossier et non à une tradition médiévale démontrée. Les documents associés à Plantard et au Prieuré de Sion ont été déposés à la Bibliothèque nationale au XXe siècle et ont contribué à donner une apparence documentaire à cette histoire.
Ce que l'on peut établir aujourd'hui
L'histoire des parchemins peut être résumée en plusieurs niveaux.
Ce qui est documenté
- L'Or de Rennes est publié par Julliard en 1967.
- Les reproductions des deux célèbres parchemins apparaissent alors dans cette littérature.
- Pierre Plantard et Philippe de Chérisey sont directement impliqués dans l'élaboration du récit moderne.
- Philippe de Chérisey a revendiqué la fabrication des parchemins.
- Les documents ont ensuite fait l'objet de nombreuses études et controverses
Ce qui reste incertain
- La nature exacte des documents que Saunière aurait découverts lors des travaux.
- Leur nombre exact.
- Leur contenu.
- Leur éventuelle relation avec les parchemins publiés en 1967.
- L'existence d'originaux correspondant aux reproductions publiées.
- La manière dont les différents documents auraient circulé avant leur publication.
Ce qui appartient au récit légendaire
L'idée selon laquelle Saunière aurait déchiffré les parchemins, découvert une généalogie mérovingienne puis trouvé un trésor constitue une construction majeure du récit moderne de Rennes-le-Château.
Elle ne doit donc pas être présentée comme un fait historique établi.
Pourquoi les parchemins sont-ils si importants ?
Les parchemins sont devenus l'un des symboles de l'affaire parce qu'ils semblent réunir tout ce qui fait le mystère de Rennes-le-Château :
un ancien curé, une église, des documents cachés, un code, une tombe, une dynastie disparue et un trésor.
Ils ont également joué un rôle déterminant dans le passage d'une énigme locale à une histoire internationale. Avant les publications des années 1960, Rennes-le-Château était surtout associé à l'histoire de Saunière et à sa fortune mystérieuse. Après L'Or de Rennes, les parchemins deviennent la pièce centrale d'un vaste récit mêlant histoire, cryptographie, généalogie, religion et ésotérisme.
Les parchemins : entre histoire et légende
Les parchemins de Rennes-le-Château doivent donc être abordés avec une certaine prudence.
Ils sont bien réels en tant que documents ayant circulé et ayant été publiés au XXe siècle. En revanche, leur attribution à Bérenger Saunière et leur découverte dans l'église ne peuvent pas être considérées comme démontrées sur la seule base des reproductions publiées en 1967. C'est précisément ce qui rend leur histoire intéressante.
La question n'est peut-être pas seulement :
« Que disent les parchemins ? »
mais aussi :
« Quand ont-ils été fabriqués, par qui, à partir de quelles sources, et pourquoi ? »
Cette seconde question nous ramène au cœur de l'affaire moderne de Rennes-le-Château : la frontière entre document historique, manipulation documentaire et construction d'une légende.
Sources
- Bibliothèque nationale de France, notice de L'Or de Rennes ou la Vie insolite de Bérenger Saunière, Gérard de Sède, Julliard, 1967.
- Mairie de Rennes-le-Château, Domaine de l'abbé Saunière et présentation des découvertes associées à l'église.
- Rennes-le-Château Archive, dossier consacré à l'histoire des parchemins.
- Rennes-le-Château – Le Dossier, dossier consacré au petit parchemin et aux controverses concernant son origine.
- Gérard de Sède, L'Or de Rennes, 1967.
- Gérard de Sède, Rennes-le-Château : le dossier, les impostures, les phantasmes, les hypothèses, éditions J'ai lu.
À retenir
Les « parchemins de Saunière » sont au cœur du mythe moderne de Rennes-le-Château, mais il est essentiel de ne pas confondre les documents réellement associés aux découvertes de Saunière avec les reproductions et interprétations apparues à partir de 1967.