un pretre au 17ème siècle

L’abbé Antoine Bigou

Bien avant l’arrivée de Bérenger Saunière, plusieurs auteurs situent l’origine du mystère à la fin du XVIIIᵉ siècle.
En 1774, l’abbé Antoine Bigou devient curé de Rennes-le-Château. Issu d’une famille influente de la région, il succède à son oncle Jean Bigou et exerce également les fonctions de confesseur auprès de Marie de Nègre d’Ables, marquise d’Hautpoul de Blanchefort, dernière représentante de l’une des plus anciennes familles seigneuriales du Razès.
Selon une tradition largement reprise dans la littérature consacrée à Rennes-le-Château, la marquise aurait confié à l’abbé Bigou un important secret de famille peu avant sa mort, survenue le 17 janvier 1781. Ce secret aurait été accompagné de documents anciens qu’il devait préserver puis transmettre à une personne digne de les recevoir.
La Révolution bouleverse profondément la vie religieuse en France.
Refusant de prêter serment à la Constitution civile du clergé, Antoine Bigou est considéré comme prêtre réfractaireen 1792. Contraint de quitter Rennes-le-Château, il se réfugie à Sabadell, en Catalogne espagnole.
Selon plusieurs récits publiés au XXᵉ siècle, il aurait transmis avant sa mort le secret de la marquise à l’abbé Cauneille, lequel l’aurait ensuite confié à Jean Vié, curé de Rennes-les-Bains, puis à Émile François Cayron, curé de Saint-Laurent-de-la-Cabrerisse.
Cette chaîne de transmission constitue l’un des fondements du récit traditionnel de l’affaire. Toutefois, elle n’est pas documentée par des archives contemporaines et repose principalement sur des témoignages tardifs.

 

Entre histoire et légende

À la fin du XVIIIᵉ siècle, aucun mystère n’est encore associé publiquement à Rennes-le-Château. Ce n’est qu’après l’arrivée de Bérenger Saunière, plus d’un siècle plus tard, que les événements liés à l’abbé Bigou, à la tombe de la marquise et à l’église seront réinterprétés comme les premiers indices d’un secret bien plus vaste.
Aucun document contemporain ne permet aujourd’hui de confirmer cette transmission.

la dalle de la marquise de hautpoul blanchefort

La dalle de la marquise

La tombe de Marie de Nègre d’Ables est rapidement devenue l’un des éléments les plus célèbres de l’affaire.
Une dalle funéraire est installée sur sa sépulture dans le cimetière de Rennes-le-Château

Plusieurs chercheurs ont remarqué que son inscription présentait diverses particularités.

La plus connue concerne la date du décès. La marquise étant morte en 1781, l’inscription aurait normalement dû comporter :
XVII JANVIER MDCCLXXXI
Or plusieurs auteurs affirment que la pierre portait une graphie différente :
XVII JANVIER MDC O LXXXI

Cette anomalie a donné lieu à de nombreuses interprétations.

Certains y voient un simple défaut de gravure, d’autres un codage volontaire destiné à transmettre un message.

Une autre particularité est l’association de cette tombe avec la célèbre formule latine : Et in Arcadia ego

 

les bergers d'arcadie de Nicolas Poussin

Et in Arcadia ego

Cette expression, rendue célèbre par les tableaux de Nicolas Poussin, signifie généralement :

« Moi aussi, je suis en Arcadie »,

la Mort rappelant ainsi sa présence même au sein d’un paysage idéal.

Plusieurs auteurs ont tenté de relier cette devise au prétendu secret de Rennes-le-Château, mais aucun élément historique ne permet d’établir un lien direct entre la marquise et cette inscription.

le tombeau des Pontils
l'abbé Bérenger Saunière
l'eglise de Rennes-le-Château dans les années 1900

L’arrivée de Bérenger Saunière (1885)

Une paroisse pauvre et oubliée

Le 1er juin 1885, l’abbé Bérenger Saunière, alors âgé de 33 ans, est nommé curé de Rennes-le-Château par l’évêque de Carcassonne. Il succède à l’abbé Antoine Croc, lui-même successeur de l’abbé Charles-Eugène Mocquin.
À cette époque, Rennes-le-Château est un petit village agricole d’environ 200 habitants, isolé sur son éperon rocheux dominant la vallée de l’Aude. L’exode rural commence à toucher la région et les ressources de la paroisse sont particulièrement limitées.
Lorsque Saunière prend possession de son ministère, il découvre une situation matérielle préoccupante. Le presbytère est vétuste, l’église Sainte-Marie-Madeleine souffre d’importantes infiltrations d’eau, les murs sont fissurés, le mobilier est en mauvais état et la toiture nécessite une restauration urgente.
Faute de pouvoir habiter immédiatement le presbytère, il est accueilli quelque temps chez Antoinette Marre, une habitante du village.
Une estimation des travaux évalue les réparations les plus urgentes à près de 2 800 francs-or, somme considérable pour une commune aussi modeste.

Les premières difficultés

Quelques mois seulement après son arrivée, Saunière connaît ses premiers ennuis.
Le 4 octobre 1885, lors d’un sermon particulièrement virulent, il critique ouvertement la politique menée par le gouvernement républicain. Dans une France encore marquée par les tensions entre la République et l’Église, ce type de discours est sévèrement sanctionné.
À la demande du préfet de l’Aude, son traitement de desservant est suspendu à compter du 1er avril 1886.
Pendant plusieurs mois, Saunière est privé de son salaire et doit quitter momentanément Rennes-le-Château.
Grâce au soutien de plusieurs fidèles influents, notamment la marquise de Chambord, qui lui fait parvenir un don de 3 000 francs-or, ainsi qu’à une participation financière de la municipalité, il peut finalement reprendre ses fonctions durant l’été 1886.
Cette aide lui permet d’envisager la restauration de l’église, projet qui va bouleverser l’histoire du village.

l'abbé Saunière trouvant une marmite dans son église
l'abbé Saunière découvrant un tombeau sous son église

La restauration de l’église Sainte-Marie-Madeleine

Un vaste chantier

Les travaux débutent progressivement à partir de 1887.
Saunière fait appel à plusieurs artisans de la région, dont l’entrepreneur Élie Bot, qui dirigera par la suite une grande partie des constructions du domaine.
Parmi les principaux ouvriers figurent notamment les maçons Pibouleau et Nazaire Babou. Les enfants de chœur Rousset et Antoine Verdier participent également à certaines tâches, comme cela était fréquent dans les petites paroisses rurales.
L’objectif est d’abord de sauver l’édifice.
La toiture est réparée, les murs consolidés, le chœur restauré, tandis que le mobilier liturgique est progressivement remplacé ou rénové.
Au fil des années, l’église reçoit également un nouveau chemin de croix, des statues polychromes, des vitraux, des autels secondaires et une décoration intérieure particulièrement riche.
Cette transformation donne à l’église Sainte-Marie-Madeleine son aspect actuel.

Les premières découvertes

C’est au cours de cette restauration que naissent les premiers récits qui feront la réputation mondiale de Rennes-le-Château.
Selon plusieurs témoignages recueillis plusieurs décennies après les faits, les ouvriers auraient découvert sous le dallage de l’église une petite cache.
L’un d’eux évoquera un récipient métallique contenant des objets brillants ressemblant à des pièces d’or.
Saunière aurait alors déclaré qu’il ne s’agissait que de simples médailles de Lourdes, sans grande valeur, avant de demander la reprise immédiate des travaux.
Aucune archive contemporaine ne confirme cet épisode, mais il constitue l’un des premiers récits associés au prétendu trésor de Rennes-le-Château.
Par la suite, un nouvel autel est construit à l’emplacement où cette cache aurait été découverte.

Le journal de l’abbé Saunière

Contrairement à de nombreuses légendes, certains événements sont attestés par les propres écrits du curé.
Dans son carnet, à la date du 21 septembre 1891, Saunière note simplement :
« Lettre de Granès. Découverte d’un tombeau. Le soir, pluie. »
Cette phrase, très brève, est devenue l’un des passages les plus commentés de toute l’affaire.
Elle confirme qu’une sépulture a bien été découverte pendant les travaux, mais elle ne précise ni son emplacement, ni son contenu, ni son importance.
Les spéculations qui se développeront par la suite dépassent largement ce que permet d’affirmer cette simple mention.

la dalle des chevaliers à Rennes-le-Château

La dalle des Chevaliers

Une seconde pierre joue également un rôle majeur dans la tradition locale.
Il s’agit de la célèbre dalle des Chevaliers, ancienne pierre sculptée représentant deux cavaliers montés sur un même cheval, motif que certains rapprochent de l’iconographie des Templiers.
Sous le ministère de l’abbé Bigou, cette dalle aurait été placée face contre terre, devant le maître-autel de l’église de Rennes-le-Château.
Les raisons de cette disposition demeurent inconnues. Plusieurs hypothèses ont été avancées : simple réemploi d’une pierre ancienne, volonté de protéger une sépulture ou geste symbolique. Aucune source contemporaine ne permet de trancher.
Cette dalle sera redécouverte plus d’un siècle plus tard lors des travaux entrepris par Bérenger Saunière.

 

Au cours des travaux, les ouvriers soulèvent également une ancienne pierre placée devant le maître-autel.
Cette dalle, aujourd’hui connue sous le nom de dalle des Chevaliers, était posée face contre terre.
Une fois retournée, elle révèle une sculpture représentant deux cavaliers montés sur un même cheval.
Cette iconographie rappelle immédiatement celle utilisée par l’ordre du Temple, même si aucun document ne permet d’établir un lien direct entre cette pierre et les Templiers.
Sous la dalle apparaît une ancienne sépulture.
Les récits divergent ensuite.
Selon certains témoins, Saunière demande immédiatement aux maçons d’interrompre les travaux et fait refermer provisoirement la tombe.
D’autres affirment qu’il poursuit seul ses investigations pendant plusieurs nuits.
Là encore, les archives contemporaines restent silencieuses et les témoignages sont souvent postérieurs de plusieurs décennies.

le calvaire de Rennes-le-Château
la grotte construite par l'abbé Saunière

Le jardin et les premiers aménagements

En 1891, Saunière demande à la municipalité l’autorisation d’utiliser le terrain situé devant l’église afin d’y aménager un jardin.
Il participe lui-même à certains travaux, transportant des pierres depuis les environs du village pour réaliser une grotte artificielle inspirée de celle de Lourdes.
Il fait également ériger un calvaire portant l’inscription :
« Christus A.O.M.P.S. Defendit »
Les allées, les plantations et les premiers aménagements paysagers annoncent déjà le vaste projet architectural qu’il développera quelques années plus tard avec la construction de son domaine.
À proximité de la grotte est installé un banc de pierre portant l’inscription énigmatique :
K X L S X
Cette suite de lettres a donné lieu à de nombreuses interprétations. Certains y voient un simple motif décoratif, d’autres un cryptogramme ou une devise codée. À ce jour, aucune explication unanimement admise n’a été apportée.
À la fin de l’année 1891, Bérenger Saunière n’est plus seulement le curé ayant restauré une vieille église de campagne. Les découvertes effectuées pendant les travaux, les notes de son journal et les récits des ouvriers alimentent déjà les premières rumeurs. Quelques mois plus tard, l’apparition des célèbres parchemins et le voyage de Saunière à Paris feront entrer l’affaire de Rennes-le-Château dans une nouvelle dimension.

Détail à l'intérieur de la grotte